ÉconomieMarché concurrentiel
Comment se forment le prix et la quantité échangée quand aucun acteur ne peut peser seul sur le marché.
Notions clés
- Marché
- Lieu, réel ou virtuel, de rencontre entre offreurs et demandeurs. C’est une institution : il fonctionne grâce à des règles (droits de propriété, contrats, monnaie).
- Demande
- Quantité qu’acheteurs souhaitent acquérir à chaque prix. La courbe de demande est décroissante : quand le prix baisse, on demande plus.
- Offre
- Quantité que les producteurs souhaitent vendre à chaque prix. La courbe d’offre est croissante : un prix plus élevé rend la production plus rentable.
- Équilibre
- Prix pour lequel la quantité offerte égale la quantité demandée. Le marché « s’équilibre ».
- Concurrence parfaite
- Atomicité (beaucoup d’acteurs), homogénéité du produit, libre entrée et sortie, transparence de l’information. Chaque acteur est preneur de prix.
- Surplus
- Consommateur : écart entre le prix maximal qu’il était prêt à payer et le prix payé. Producteur : écart entre le prix reçu et le prix minimal auquel il aurait vendu.
À retenir
- Déplacement sur la courbe
- Il vient d’une variation du prix du bien lui-même.
- Déplacement de la courbe
- Il vient d’un autre facteur : revenu, goûts, prix d’un bien substituable pour la demande ; coût de production, technique, nombre de producteurs pour l’offre.
- Gains à l’échange
- À l’équilibre, la somme des surplus est maximale : tous ceux qui ont intérêt à échanger le font.
- Taxe
- Une taxe sur les producteurs déplace l’offre vers la gauche : le prix payé monte, la quantité échangée baisse, une partie des surplus disparaît (perte sèche).
- Subvention
- Effet inverse : l’offre se déplace vers la droite, le prix baisse et la quantité augmente.
MéthodePour analyser un choc, pose trois questions dans l’ordre : quelle courbe bouge (offre ou demande) ? Dans quel sens (gauche ou droite) ? Que deviennent le prix et la quantité d’équilibre ? Fais toujours un petit schéma.
Quiz
Question 1
Le prix des engrais augmente fortement. Sur le marché du blé, toutes choses égales par ailleurs :
Question 2
Un acheteur était prêt à payer 50 € un billet de concert qu’il paie finalement 35 €. Son surplus est de :
Question 3
Quelle hypothèse n’appartient PAS à la concurrence parfaite ?
Exercice
Sur un marché, la demande est D = 100 − 2p et l’offre est O = 20 + 2p (p en euros, quantités en milliers). 1) Calcule le prix et la quantité d’équilibre. 2) Que se passe-t-il si le prix est fixé à 15 € ?
Voir la correction
1) À l’équilibre, D = O : 100 − 2p = 20 + 2p, donc 80 = 4p et p* = 20 €. Quantité : q* = 100 − 40 = 60 milliers. 2) À 15 €, D = 70 et O = 50 : la demande dépasse l’offre de 20 milliers. Il y a une pénurie (excès de demande) ; sans blocage, le prix aurait tendance à remonter vers 20 €.
ÉconomieConcurrence imparfaite
Quand quelques entreprises, ou une seule, dominent un marché : pouvoir de marché, stratégies et politique de la concurrence.
Notions clés
- Pouvoir de marché
- Capacité d’une entreprise à influencer le prix. Elle devient faiseuse de prix (price maker).
- Monopole
- Un seul offreur face à de nombreux demandeurs. Il peut fixer un prix plus élevé et produire moins qu’en concurrence parfaite.
- Oligopole
- Un petit nombre d’offreurs (télécoms, aéronautique). Chacun doit tenir compte des réactions des autres : c’est l’interdépendance stratégique.
- Barrières à l’entrée
- Obstacles qui empêchent de nouveaux concurrents d’entrer : coûts fixes énormes, brevets, réglementation, effets de réseau.
- Entente (cartel)
- Accord entre concurrents pour fixer les prix ou se partager le marché. Elle est illégale.
- Abus de position dominante
- Comportement d’une entreprise dominante qui empêche la concurrence (évincer un concurrent, imposer des conditions).
À retenir
- Effets du pouvoir de marché
- Prix plus élevés, quantités plus faibles, surplus du consommateur réduit. Mais parfois aussi plus de moyens pour innover.
- Théorie des jeux
- Le dilemme du prisonnier montre que deux entreprises qui agissent chacune dans leur intérêt peuvent aboutir à un résultat moins bon pour elles que la coopération. D’où la tentation de l’entente.
- Politique de la concurrence
- Elle interdit les ententes et les abus de position dominante, contrôle les fusions (concentrations) et encadre les aides d’État.
- Qui la mène ?
- En France, l’Autorité de la concurrence ; dans l’Union européenne, la Commission européenne. Elles peuvent infliger de lourdes amendes.
MéthodeDans une matrice de jeu, cherche pour chaque joueur sa meilleure réponse à chaque choix de l’autre. Si un choix est le meilleur quoi que fasse l’autre, c’est une stratégie dominante. Compare ensuite le résultat obtenu à celui de la coopération.
Quiz
Question 1
Une entreprise qui peut augmenter son prix sans perdre tous ses clients :
Question 2
Trois fabricants se mettent d’accord sur un prix minimum. Il s’agit :
Question 3
Un marché dominé par quatre opérateurs est :
Exercice
Deux compagnies aériennes A et B choisissent un prix haut ou bas. Profits (A ; B) en millions d’euros : Haut/Haut (10 ; 10) · Haut/Bas (2 ; 14) · Bas/Haut (14 ; 2) · Bas/Bas (5 ; 5). 1) Quelle est la stratégie dominante de chaque compagnie ? 2) Quelle issue obtient-on, et pourquoi est-ce un dilemme ?
Voir la correction
1) Pour A : si B joue Haut, A gagne 14 en jouant Bas contre 10 en Haut ; si B joue Bas, A gagne 5 en Bas contre 2 en Haut. Bas est toujours meilleur : c’est la stratégie dominante. Le jeu est symétrique, donc idem pour B. 2) L’issue est Bas/Bas avec 5 chacun, alors que Haut/Haut leur aurait rapporté 10 chacun. Chacun agit rationnellement mais le résultat collectif est mauvais pour les entreprises (et bon pour les consommateurs). C’est ce qui pousse à l’entente, que la politique de la concurrence interdit.
ÉconomieDéfaillances du marché
Les situations où le marché seul n’aboutit pas à une situation efficace, et ce que peuvent faire les pouvoirs publics.
Notions clés
- Externalité
- Effet de l’activité d’un agent sur un autre, sans compensation par le marché. Négative : pollution d’une usine. Positive : recherche, vaccination.
- Bien collectif
- Bien non rival (ma consommation ne réduit pas celle des autres) et non excluable (on ne peut empêcher personne d’en profiter). Ex. : éclairage public, défense nationale.
- Bien commun
- Bien rival mais non excluable. Ex. : stocks de poissons, nappes phréatiques. Risque de surexploitation.
- Passager clandestin
- Celui qui profite d’un bien sans contribuer à son financement. C’est pourquoi le marché produit trop peu de biens collectifs.
- Asymétrie d’information
- Une partie à l’échange en sait plus que l’autre (vendeur d’une voiture d’occasion, assuré).
À retenir
- Sélection adverse
- Avant le contrat : l’asymétrie fait fuir les « bons » produits ou les « bons » clients. Exemple classique : le marché des voitures d’occasion (Akerlof, 1970).
- Aléa moral
- Après le contrat : une fois assuré, on peut devenir moins prudent, car on ne supporte plus toutes les conséquences de ses actes.
- Réglementation
- Normes, interdictions (ex. : seuils d’émission).
- Taxation
- Faire payer au pollueur le coût qu’il impose aux autres (taxe dite « pigouvienne »).
- Marché de quotas
- Fixer un plafond d’émissions et laisser s’échanger des droits à polluer (ex. : marché européen du carbone).
- Subvention
- Encourager une activité à externalité positive (ex. : rénovation thermique).
MéthodePour classer un bien, pose deux questions : est-il rival (ma consommation prive-t-elle les autres) ? Est-il excluable (peut-on empêcher quelqu’un d’en profiter) ? Non rival + non excluable = bien collectif ; rival + non excluable = bien commun.
Quiz
Question 1
Le phare qui guide les bateaux est un exemple typique de :
Question 2
Après avoir assuré son vélo contre le vol, un élève ne le cadenasse plus. C’est :
Question 3
Une taxe carbone vise à :
Exercice
Montrez que la pollution d’une usine constitue une défaillance du marché et présentez deux moyens pour l’État d’y remédier.
Voir la correction
La pollution est une externalité négative : l’usine impose un coût (santé, environnement) à des tiers sans les compenser. Ce coût n’entre pas dans son prix de revient, donc elle produit et pollue plus que ce qui serait socialement souhaitable : le marché ne conduit pas à une situation efficace. L’État peut d’abord réglementer, en imposant une norme d’émission maximale assortie de sanctions. Il peut aussi taxer chaque tonne émise : le coût de la pollution devient un coût pour l’entreprise, qui est alors incitée à réduire ses émissions. Un marché de quotas d’émission est une troisième possibilité.
ÉconomieFinancement de l’économie
Qui épargne, qui emprunte, et par quels canaux l’argent circule entre agents à capacité et à besoin de financement.
Notions clés
- Capacité de financement
- Un agent dont l’épargne dépasse ses dépenses d’investissement. Les ménages sont, en général, dans ce cas.
- Besoin de financement
- Un agent dont l’investissement dépasse l’épargne. C’est souvent le cas des entreprises et des administrations publiques.
- Autofinancement
- Financement interne : l’entreprise investit avec ses propres ressources (profits non distribués).
- Financement direct
- L’agent émet des titres sur le marché financier : actions (titres de propriété) ou obligations (titres de dette).
- Financement intermédié
- Une banque collecte l’épargne et accorde des crédits. Elle prend en charge le risque et la transformation des durées.
- Taux d’intérêt
- Prix de l’argent prêté. Il rémunère le prêteur pour le temps et le risque.
À retenir
- Action
- Titre de propriété : donne droit à une part des bénéfices (dividende, variable) et à voter en assemblée générale. Pas de remboursement.
- Obligation
- Titre de créance : donne droit à un intérêt (coupon) et au remboursement à l’échéance. Pas de droit de vote.
- Taux réel
- Taux nominal corrigé de l’inflation. Approximation : taux réel ≈ taux nominal − taux d’inflation.
- Prime de risque
- Plus l’emprunteur est jugé risqué, plus il paie un taux élevé.
- État
- Le déficit public (dépenses > recettes sur l’année) s’accumule en dette publique, financée surtout par l’émission d’obligations (en France, les OAT).
MéthodePour classer un mode de financement, demande-toi : l’argent vient-il de l’entreprise elle-même (interne) ? Sinon, passe-t-il par une banque (intermédié) ou par un marché de titres (direct) ? Puis : crée-t-il une dette (crédit, obligation) ou ouvre-t-il le capital (action) ?
Quiz
Question 1
Une entreprise émet des obligations. Elle se finance par :
Question 2
Un prêt est accordé à 5 % alors que l’inflation est de 3 %. Le taux réel est d’environ :
Question 3
Le détenteur d’une action :
Exercice
Une PME veut acheter une machine à 500 000 €. Elle dispose de 150 000 € de bénéfices mis en réserve. Présentez les différentes façons de financer cet investissement.
Voir la correction
La PME peut d’abord utiliser ses 150 000 € de réserves : c’est l’autofinancement, sans coût d’intérêt et sans perte d’indépendance. Pour les 350 000 € restants, elle a besoin d’un financement externe. Elle peut emprunter auprès d’une banque (financement intermédié) : c’est le cas le plus fréquent pour une PME, qui n’a souvent pas accès facilement aux marchés. Elle peut aussi émettre des titres (financement direct) : des actions, ce qui fait entrer de nouveaux propriétaires sans dette à rembourser, ou des obligations, ce qui crée une dette. Le choix dépend du taux d’intérêt, du risque et de la volonté des propriétaires de garder le contrôle.
ÉconomieMonnaie et création monétaire
Ce qu’est la monnaie, qui la crée et comment la banque centrale encadre sa création.
Notions clés
- Fonctions
- Unité de compte (mesurer la valeur), intermédiaire des échanges (payer), réserve de valeur (épargner).
- Monnaie fiduciaire
- Billets et pièces. Elle ne représente qu’une petite partie de la monnaie en circulation.
- Monnaie scripturale
- Soldes des comptes bancaires (dépôts à vue), mobilisés par carte, virement, chèque. C’est la plus grande partie de la monnaie.
- Agrégats monétaires
- Mesures de la quantité de monnaie : M1 (billets, pièces, dépôts à vue), M2, M3 (de plus en plus larges).
- Monnaie centrale
- Monnaie émise par la banque centrale : billets et réserves des banques sur leur compte à la banque centrale.
À retenir
- Création
- Les banques commerciales créent l’essentiel de la monnaie en accordant des crédits : « les crédits font les dépôts ».
- Destruction
- Le remboursement d’un crédit détruit la monnaie qui avait été créée.
- Limites
- Pour créer de la monnaie, une banque a besoin de monnaie centrale (retraits de billets, paiements vers d’autres banques, réserves obligatoires).
- Banque centrale
- Dans la zone euro, la BCE fixe les taux directeurs. Son mandat principal : la stabilité des prix, avec une cible de 2 % d’inflation à moyen terme.
- Politique monétaire
- Hausse des taux directeurs → crédit plus cher → moins de création monétaire → demande freinée. Baisse → effet inverse.
MéthodePour une écriture bancaire, raisonne en bilan : un crédit accordé apparaît à l’actif de la banque (créance) et le même montant apparaît à son passif (dépôt du client). La masse monétaire augmente du montant du crédit.
Quiz
Question 1
Qui crée l’essentiel de la monnaie en circulation dans la zone euro ?
Question 2
Un ménage rembourse entièrement son prêt. La quantité de monnaie :
Question 3
La BCE relève ses taux directeurs. L’effet attendu est :
Exercice
La banque Alpha accorde un crédit de 10 000 € à une entreprise, versé sur son compte courant. 1) Présentez l’opération dans le bilan simplifié de la banque. 2) Quel est l’effet sur M1 ? 3) Que se passe-t-il quand l’entreprise rembourse ?
Voir la correction
1) À l’actif : créance sur l’entreprise + 10 000 €. Au passif : dépôt à vue de l’entreprise + 10 000 €. 2) Le dépôt à vue fait partie de M1 : la masse monétaire augmente de 10 000 €. La banque a créé de la monnaie « ex nihilo », par un simple jeu d’écritures. 3) Au remboursement, le dépôt et la créance disparaissent : 10 000 € de monnaie sont détruits (les intérêts, eux, sont un revenu pour la banque).
SociologieSocialisation
Comment nous apprenons à penser et à agir, et pourquoi cela explique des différences de comportement selon le milieu ou le genre.
Notions clés
- Socialisation
- Processus par lequel l’individu apprend et intériorise les normes et les valeurs de la société et de ses groupes.
- Normes
- Règles de conduite, explicites ou implicites (dire bonjour, faire la queue).
- Valeurs
- Idéaux auxquels on adhère (égalité, liberté, réussite). Les normes en découlent souvent.
- Primaire
- Pendant l’enfance : famille, école, groupe de pairs, médias.
- Secondaire
- À l’âge adulte : travail, couple, engagement politique ou associatif. Elle complète, ou parfois transforme, la socialisation primaire.
- Socialisation anticipatrice
- Adopter à l’avance les normes d’un groupe que l’on souhaite rejoindre (Merton).
À retenir
- Instances multiples
- Famille, école, pairs, médias, numérique : leurs messages peuvent se renforcer ou se contredire.
- Socialisation de genre
- Jouets, activités, attentes des adultes diffèrent selon le sexe de l’enfant et contribuent à des goûts, des choix d’orientation et des métiers différents.
- Milieu social
- Pratiques culturelles, rapport à l’école et au langage varient selon le milieu (Bourdieu parle d’habitus : des manières d’être durables, héritées du milieu).
- Pluralité
- Chacun reçoit des influences diverses : un individu peut avoir des dispositions variées, parfois contradictoires (Lahire, L’Homme pluriel).
- Trajectoires improbables
- Certains individus connaissent des parcours atypiques par rapport à leur milieu d’origine (transfuges de classe).
MéthodePour expliquer un comportement en sociologie, ne t’arrête pas à « c’est son choix ». Demande-toi : qu’a-t-il appris, auprès de qui, et dans quel milieu ? Puis montre que d’autres influences peuvent nuancer cette explication.
Quiz
Question 1
Une jeune salariée apprend les codes vestimentaires de son entreprise. C’est un exemple de :
Question 2
« Il faut respecter autrui » est plutôt :
Question 3
Un lycéen qui adopte le vocabulaire et les habitudes des étudiants d’une grande école qu’il vise pratique :
Exercice
Montrez que la socialisation contribue à expliquer les différences de choix d’orientation entre filles et garçons.
Voir la correction
Dès l’enfance, la famille transmet des attentes différentes : jouets de construction plus souvent offerts aux garçons, activités relationnelles encouragées chez les filles. L’école, les pairs et les médias renforcent ces représentations (modèles de métiers « féminins » ou « masculins »). Les élèves intériorisent ces normes et se sentent plus ou moins « à leur place » dans certaines filières. On le constate dans les choix de spécialités, où les filles restent moins nombreuses en sciences de l’ingénieur et plus nombreuses dans les filières du soin. Ces différences ne sont donc pas naturelles mais en grande partie construites par la socialisation, même si des trajectoires atypiques existent.
SociologieLiens sociaux
Ce qui nous relie aux autres, comment ces liens ont évolué et ce qui peut les fragiliser.
Notions clés
- Lien social
- Ensemble des relations qui unissent les individus entre eux et à la société.
- Groupe social
- Ensemble d’individus en interaction, qui partagent des caractéristiques et ont conscience d’appartenir au groupe.
- Groupe primaire / secondaire
- Primaire : relations directes et affectives (famille, amis). Secondaire : relations plus formelles et fonctionnelles (entreprise, association).
- Groupe de référence
- Groupe auquel on se compare ou auquel on veut ressembler, sans forcément en faire partie.
- Capital social
- Ressources que l’on peut mobiliser grâce à son réseau de relations.
À retenir
- Durkheim (1893)
- Solidarité mécanique dans les sociétés traditionnelles (fondée sur la ressemblance) ; solidarité organique dans les sociétés modernes (fondée sur la complémentarité créée par la division du travail).
- Paugam : 4 liens
- Filiation (famille), participation élective (amis, couple, associations), participation organique (travail), citoyenneté (droits et devoirs partagés).
- Liens forts / faibles
- Granovetter (1973) : les liens faibles (connaissances éloignées) apportent souvent des informations nouvelles, par exemple pour trouver un emploi.
- Fragilisation
- Chômage, isolement, ruptures familiales peuvent affaiblir plusieurs liens à la fois et conduire à l’exclusion.
- Numérique
- Les sociabilités numériques entretiennent des liens à distance, mais peuvent aussi enfermer dans l’entre-soi.
MéthodePour une situation d’exclusion, passe en revue les quatre liens de Paugam : lesquels sont rompus ou fragilisés ? Montre ensuite comment la rupture d’un lien (perte d’emploi) peut entraîner celle des autres (isolement, difficultés familiales).
Quiz
Question 1
Selon Durkheim, la solidarité typique des sociétés modernes repose sur :
Question 2
Le lien qu’un salarié entretient avec ses collègues relève, chez Paugam, du lien de :
Question 3
Trouver un stage grâce à l’ami d’un cousin illustre :
Exercice
Montrez que le chômage de longue durée peut fragiliser plusieurs types de liens sociaux.
Voir la correction
Le chômage rompt d’abord le lien de participation organique : la personne perd ses collègues, un rythme de vie et une reconnaissance sociale liée au travail. Il peut ensuite fragiliser les liens de participation élective : avec moins de revenus, on sort moins, on renonce à des activités, et le sentiment de honte pousse parfois à l’isolement. Le lien de filiation peut aussi être touché, car les difficultés financières créent des tensions familiales. Enfin, le sentiment d’être inutile peut affaiblir le lien de citoyenneté (moins de participation électorale). Le chômage de longue durée peut ainsi enclencher un processus cumulatif que Paugam appelle disqualification sociale.
SociologieDéviance
Comment une société définit ce qui est déviant, comment elle le contrôle, et comment on devient déviant.
Notions clés
- Déviance
- Transgression d’une norme sociale, qui suscite une réaction (sanction, réprobation). Elle dépend du contexte et de l’époque.
- Délinquance
- Forme de déviance qui transgresse une norme juridique (la loi) et peut être sanctionnée par la justice.
- Contrôle social
- Ensemble des moyens par lesquels une société fait respecter ses normes.
- Formel / informel
- Formel : exercé par des institutions spécialisées (police, justice, école). Informel : exercé par l’entourage (moqueries, regards, félicitations).
- Sanction
- Réaction à un comportement : négative (punition) ou positive (récompense).
À retenir
- Becker, Outsiders (1963)
- La déviance résulte aussi d’un étiquetage : est déviant celui à qui l’étiquette a été appliquée avec succès. Les « entrepreneurs de morale » créent et font appliquer les normes.
- Carrière déviante
- La déviance se construit par étapes : premier acte, étiquetage, intégration dans un groupe déviant, identité déviante.
- Durkheim
- Le crime est « normal » : il existe dans toutes les sociétés et rappelle les règles communes.
- Mesure
- Statistiques administratives (police, gendarmerie, justice) : elles mesurent l’activité de ces institutions. Enquêtes de victimation : on interroge un échantillon sur les faits subis, y compris non déclarés.
- Chiffre noir
- Infractions qui échappent aux statistiques officielles (non déclarées ou non découvertes).
MéthodeQuand on te donne une statistique de délinquance, demande-toi toujours : qui l’a produite ? Une hausse peut traduire plus d’infractions, mais aussi plus de plaintes ou plus de contrôles. Compare avec les enquêtes de victimation.
Quiz
Question 1
Rire à un enterrement est :
Question 2
Un professeur qui punit un élève exerce un contrôle social :
Question 3
Pourquoi les enquêtes de victimation complètent-elles les statistiques de police ?
Exercice
Le nombre de plaintes pour violences conjugales a fortement augmenté depuis 2017. Peut-on en conclure que ces violences ont augmenté ?
Voir la correction
Pas nécessairement. Les plaintes enregistrées par la police et la gendarmerie mesurent les faits connus des institutions, pas l’ensemble des faits. Leur hausse peut traduire une plus grande propension des victimes à porter plainte, favorisée par une libération de la parole et des campagnes de sensibilisation, ainsi qu’un meilleur accueil des victimes. Elle peut aussi refléter une hausse réelle des violences. Pour trancher, il faut comparer avec les enquêtes de victimation, qui interrogent un échantillon de personnes sur ce qu’elles ont subi, qu’elles aient porté plainte ou non. Cela permet de réduire le chiffre noir.
Science politiqueOpinion publique
Comment se forme l’opinion publique, comment on la mesure, et quelles critiques visent les sondages.
Notions clés
- Opinion publique
- Ensemble des jugements partagés par une population sur des questions d’intérêt général. Elle est apparue avec l’espace public (presse, débats).
- Sondage
- Enquête auprès d’un échantillon pour connaître l’opinion d’une population plus large.
- Échantillon représentatif
- Échantillon dont la composition reproduit celle de la population (âge, sexe, profession, région…).
- Méthode des quotas
- On construit l’échantillon en respectant les proportions de la population sur quelques critères. C’est la méthode la plus utilisée en France.
- Marge d’erreur
- Intervalle d’incertitude autour d’un résultat de sondage. Pour 1 000 personnes, elle est de l’ordre de ± 3 points autour de 50 %.
À retenir
- Bourdieu (1973)
- « L’opinion publique n’existe pas » : tout le monde n’a pas d’opinion sur tout, toutes les opinions n’ont pas le même poids, et la question posée impose un problème.
- Effets des médias
- Les médias influencent moins ce que l’on pense que ce à quoi l’on pense : ils fixent l’agenda.
- Effets limités
- Lazarsfeld : l’influence des médias passe par des leaders d’opinion de l’entourage (communication à deux étages).
- Encadrement
- En France, une Commission des sondages contrôle les sondages électoraux, et leur publication est interdite la veille et le jour du scrutin.
- Expression
- Vote, manifestations, pétitions, réseaux sociaux : l’opinion s’exprime aussi hors des sondages.
MéthodePour critiquer un sondage, vérifie : taille et mode de construction de l’échantillon, date, formulation de la question, taux de « sans opinion », et marge d’erreur. Un écart de 2 points entre deux candidats sur 1 000 personnes n’est pas significatif.
Quiz
Question 1
Un sondage sur 1 000 personnes donne A à 51 % et B à 49 %. On peut conclure que :
Question 2
La méthode des quotas consiste à :
Question 3
Selon la théorie de l’agenda, les médias :
Exercice
Présentez deux limites des sondages d’opinion.
Voir la correction
Première limite : la formulation de la question. Selon les mots choisis, l’ordre des questions ou les réponses proposées, les résultats peuvent varier fortement ; le sondage impose une problématique que les sondés ne se posaient pas forcément. Deuxième limite, soulignée par Bourdieu : tous les sondés n’ont pas d’opinion sur tous les sujets, et additionner des réponses de personnes très informées et de personnes qui répondent au hasard produit une « opinion » artificielle. On peut ajouter la marge d’erreur liée à l’échantillon : un petit écart entre deux réponses n’est pas significatif.
Science politiqueVoter
Pourquoi on vote ou on s’abstient, et ce qui oriente le choix électoral : affaire individuelle ou collective ?
Notions clés
- Inscrits
- Personnes inscrites sur les listes électorales.
- Taux de participation
- Votants ÷ inscrits × 100.
- Taux d’abstention
- Abstentionnistes ÷ inscrits × 100 = 100 − taux de participation.
- Suffrages exprimés
- Votes valables : votants moins les bulletins blancs et nuls.
- Volatilité électorale
- Changement de vote d’une élection à l’autre.
À retenir
- Vote collectif
- Le vote dépend de variables sociales : âge, diplôme, catégorie sociale, religion, patrimoine. « On vote comme on est » (Lazarsfeld, années 1940).
- Vote individuel
- L’électeur peut aussi voter selon les enjeux et le bilan des sortants, comme un « électeur stratège ».
- Abstention
- Plus forte chez les jeunes, les moins diplômés et les moins intégrés socialement. Elle est souvent intermittente plutôt que systématique.
- Mal-inscription
- Personnes inscrites ailleurs que là où elles vivent (déménagement) : elles votent beaucoup moins.
- Offre politique
- Les candidats, les enjeux et le type d’élection influencent aussi la participation et les choix.
MéthodeAttention au dénominateur : participation et abstention se calculent par rapport aux inscrits ; les scores des candidats se calculent par rapport aux suffrages exprimés. Ne mélange pas les deux.
Quiz
Question 1
48 millions d’inscrits, 36 millions de votants. Le taux d’abstention est de :
Question 2
L’idée que le vote dépend surtout de l’appartenance religieuse et sociale correspond à :
Question 3
Un électeur qui vote au second tour mais pas au premier pratique :
Exercice
Une élection : 50 000 inscrits, 32 000 votants, 2 000 bulletins blancs et nuls. Le candidat A obtient 16 500 voix. 1) Calculez les taux de participation et d’abstention. 2) Calculez le score de A. 3) A représente-t-il la majorité des inscrits ?
Voir la correction
1) Participation = 32 000 / 50 000 × 100 = 64 %. Abstention = 100 − 64 = 36 %. 2) Exprimés = 32 000 − 2 000 = 30 000. Score de A = 16 500 / 30 000 × 100 = 55 % des exprimés : il est élu à la majorité absolue. 3) Non : 16 500 / 50 000 = 33 % des inscrits seulement. Un élu majoritaire peut ne représenter qu’une minorité du corps électoral, ce qui pose la question de sa légitimité quand l’abstention est forte.
Regards croisésAssurance et protection sociale
Comment les sociétés se protègent contre les risques : maladie, vieillesse, chômage, accidents.
Notions clés
- Risque
- Événement incertain dont on peut estimer la probabilité (accident, maladie).
- Mutualisation
- Mise en commun des risques : les cotisations de tous financent les pertes de quelques-uns.
- Assurance privée
- Contrat : l’assuré paie une prime calculée selon son risque et reçoit une indemnité en cas de sinistre.
- Protection sociale
- Ensemble des mécanismes collectifs qui protègent contre les risques sociaux.
- Prestations
- Sommes ou services versés : en espèces (pensions, allocations) ou en nature (remboursement de soins).
À retenir
- Logique d’assurance
- On cotise sur son salaire et on reçoit des prestations en cas de risque (retraite, chômage). Inspiration « bismarckienne ».
- Logique d’assistance
- Prestations versées sans cotisation préalable, sous condition de ressources (RSA).
- Logique universelle
- Prestations pour tous, financées par l’impôt. Inspiration « beveridgienne ».
- Sécurité sociale
- Créée en 1945. Branches : maladie, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, famille, et autonomie (créée en 2020).
- Limites de l’assurance privée
- Sélection adverse et aléa moral ; certains risques ne sont pas assurables par le marché seul.
- Prévention
- Réduire les risques en amont : vaccination, sécurité routière, normes au travail.
MéthodePour classer une prestation, deux questions : faut-il avoir cotisé pour en bénéficier (assurance) ? Est-elle versée sous condition de ressources (assistance) ? Si elle est versée à tous sans condition, c’est la logique universelle.
Quiz
Question 1
Le revenu de solidarité active (RSA) relève de la logique :
Question 2
La mutualisation des risques signifie que :
Question 3
L’allocation chômage versée aux anciens salariés ayant cotisé relève de la logique :
Exercice
Pourquoi une assurance maladie publique et obligatoire peut-elle être préférable à une assurance privée et facultative ?
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Sur un marché privé, l’assureur connaît mal le risque de chaque client (asymétrie d’information). S’il fixe une prime moyenne, les personnes en bonne santé la jugent trop chère et partent, tandis que les plus malades restent : c’est la sélection adverse, qui fait monter les primes et peut faire disparaître le marché. Si l’assureur ajuste la prime au risque, les malades chroniques ou les personnes âgées ne peuvent plus s’assurer. Une assurance obligatoire mutualise les risques sur toute la population et fixe les cotisations selon le revenu, pas selon l’état de santé. Elle évite la sélection adverse et organise une solidarité entre bien-portants et malades.
Regards croisésEntreprises et gouvernance
La diversité des entreprises, leur organisation interne et la question de savoir qui les dirige et dans quel intérêt.
Notions clés
- Entreprise
- Organisation qui produit des biens ou des services marchands.
- Taille
- Critères INSEE : microentreprise (moins de 10 salariés), PME (moins de 250), ETI (moins de 5 000), grande entreprise (au-delà), avec aussi des seuils de chiffre d’affaires.
- Statut juridique
- Entreprise individuelle, SARL, SA, SAS… Le statut détermine la responsabilité des associés et le mode de direction.
- ESS
- Économie sociale et solidaire : coopératives, mutuelles, associations, fondations. Gouvernance démocratique (une personne, une voix) et but non lucratif ou à lucrativité limitée.
- Parties prenantes
- Tous ceux qui sont concernés par l’activité : actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, prêteurs, collectivités.
À retenir
- Entrepreneur, manager, actionnaire
- L’entrepreneur crée et prend des risques ; le manager dirige ; l’actionnaire apporte des capitaux et détient le pouvoir de décision ultime en assemblée générale.
- Gouvernance
- Ensemble des règles qui organisent le pouvoir dans l’entreprise : conseil d’administration, assemblée générale, contrôle des dirigeants.
- Conflits d’intérêts
- Actionnaires (dividendes), dirigeants (rémunération, prestige), salariés (salaires, emploi) n’ont pas toujours les mêmes objectifs.
- Organisation
- Hiérarchie, division du travail, coordination entre services. Les relations de travail mêlent coopération et conflit.
- Loi PACTE (2019)
- Elle permet aux sociétés d’inscrire une « raison d’être » dans leurs statuts et de devenir « société à mission ».
MéthodePour analyser une décision d’entreprise (délocaliser, verser un dividende), identifie chaque partie prenante, ce qu’elle y gagne ou y perd, et qui a le pouvoir de décider. Tu feras apparaître les conflits d’intérêts.
Quiz
Question 1
Une entreprise de 120 salariés est, selon les critères d’effectifs :
Question 2
Dans une coopérative, le pouvoir de vote est réparti :
Question 3
Qui détient en dernier ressort le pouvoir dans une société anonyme ?
Exercice
Une grande entreprise rentable annonce à la fois une hausse de ses dividendes et la suppression de 500 emplois. Montrez que cette décision révèle des intérêts divergents entre parties prenantes.
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Les actionnaires y gagnent : la hausse des dividendes augmente leur revenu, et la réduction des coûts salariaux peut faire monter le cours de l’action. Les dirigeants, souvent rémunérés en partie en actions, peuvent aussi y trouver un intérêt. Les salariés, eux, perdent : suppression d’emplois, charge de travail accrue pour ceux qui restent, inquiétude. Les collectivités locales voient leur territoire fragilisé. Le pouvoir de décision appartenant aux actionnaires et aux dirigeants, la décision reflète leurs intérêts. C’est pour mieux équilibrer ces intérêts que se développent la présence de salariés au conseil d’administration, la responsabilité sociale des entreprises et la « raison d’être » prévue par la loi PACTE.
Savoir-faireOutils quantitatifs
Les calculs et lectures de données attendus en SES. Ils servent dans tous les chapitres (et l’épreuve se fait sans calculatrice en terminale).
Notions clés
- Taux de variation
- (valeur d’arrivée − valeur de départ) ÷ valeur de départ × 100. Résultat en %.
- Coefficient multiplicateur
- Valeur d’arrivée ÷ valeur de départ. Lien : CM = 1 + taux / 100.
- Indice base 100
- Valeur de l’année ÷ valeur de l’année de base × 100. Un indice de 120 signifie +20 % depuis la base.
- Proportion
- Partie ÷ tout × 100 (pourcentage de répartition).
- Moyenne / médiane
- Moyenne : somme ÷ effectif. Médiane : valeur qui partage la population en deux moitiés égales.
- Point de pourcentage
- Écart entre deux pourcentages. Passer de 8 % à 10 %, c’est +2 points, soit une hausse de 25 %.
À retenir
- Variations successives
- On multiplie les coefficients multiplicateurs, on n’additionne pas les taux : +10 % puis +10 % donne 1,1 × 1,1 = 1,21, soit +21 %.
- Hausse puis baisse
- +50 % puis −50 % ne ramène pas au départ : 1,5 × 0,5 = 0,75, soit −25 %.
- Indices
- Pour comparer deux indices de même base : (I2 − I1) ÷ I1 × 100. Ne pas faire la différence des indices, sauf par rapport à la base 100.
- Lire une donnée
- Phrase type : « Selon [source], en [année], en [lieu], [valeur] [unité] [ce que mesure la donnée]. »
- Moyenne et médiane
- Une moyenne nettement supérieure à la médiane signale que quelques très hautes valeurs tirent la moyenne vers le haut (ex. : revenus).
MéthodePour toute donnée, avant de calculer, repère l’unité (%, milliards, indice), la source, la date et le champ. Puis rédige une phrase de lecture complète. C’est ce qui est d’abord évalué.
Quiz
Question 1
Un salaire passe de 2 000 € à 2 300 €. Le taux de variation est de :
Question 2
Le taux de chômage passe de 8 % à 6 %. Il a baissé de :
Question 3
Un prix augmente de 20 % puis baisse de 20 %. Au total, il a :
Exercice
Indice des prix (base 100 en 2015) : 2020 = 105, 2024 = 120. 1) Rédigez une phrase de lecture pour 2024. 2) De combien les prix ont-ils augmenté entre 2020 et 2024 ?
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1) Entre 2015 et 2024, les prix ont augmenté de 20 % (indice 120 pour une base 100 en 2015). 2) Il ne faut pas soustraire les indices (120 − 105 = 15 n’est pas un pourcentage). On calcule : (120 − 105) ÷ 105 × 100 = 15 ÷ 105 × 100 ≈ 14,3 %. Les prix ont augmenté d’environ 14,3 % entre 2020 et 2024.